QUI ETAIT "ANSELME DE RIBEMONT" dit « Le Barbu » ?

Le Comte Anselme de Bouchain, second du nom, 2e châtelain héréditaire de Valenciennes, Seigneur d’Ostrevant, de Bouchain, de Ribemont, d’Origny, de Chastel en Portien et de plusieurs autres places dans le Cambrésis.   

Si l’on en croit Doulteman et le Père Petit, Ansel, Anselme, né à Bouchain, était le petit fils d’Isaac comte de Valenciennes, héritier de cette châtellenie, prince de la maison du roi de France Philippe, et fils d’Anselme 1er, dit le Vieux, comte d'Ostrevant, et de Michilde son épouse.

Isaac était issu des Comtes de Valenciennes desquels il hérita la châtellenie.
Anselme II de Bouchain, dit le Barbu, comte de Ribemont, issu de la maison royale du Vermandois, eut de sa femme Berthe, 3 fils : Godefroy 1er, Simon, châtelain de Valenciennes et de St Quentin, et Hugues 1er, ainsi qu’une fille : Agnès de Ribemont qui épousa Gossuin d’Avesnes.

 

Toutes les chroniques du temps vantent le savoir, la piété, la bravoure et même la bonté d’Anselme de Bouchain, mais il n’échappait pas aux mœurs de l’époque : violence et dévotion, iniquité et grandeur d’âme, rapine et générosité. Ces temps singuliers, si pittoresques à distance, réunissaient tous les contrastes.
Il unit, à sa valeur guerrière, une inépuisable charité envers les ordres religieux.

En 1065 : dans une charte de Philippe 1er, il est fait mention de Jean, seigneur illustre, et d'Eulalie sa soeur, ancien bienfaiteur d'Hasnon-en-Ostrevant. La charte porte par mi les signataires les noms d'Anselme de Bouchain, et Wauthier.

 

1066 : Anselme 1er de Bouchain est mentionné dans la charte des fondateurs de St-Pierre de Lille. Bouchain se développa sous son administration.

 

1067 : une charte fut octroyée par le comte Bauduin 1er dit de Mons ou d'Hasnon, et sa femme Richilde, avec le concours d'Anselme de Bouchain, appelé acte Anselin.

C'est la curieuse Charte de la halle aux draps de Valenciennes dont on n'a pas le texte original mais seulement la translation en langue romane : l'acte se termine par ces mots "tout chest fait et octroyet dou consentement du comte Baudouin et de la comtesse Richilde et d'Anselme et de tous les seigneurs de cette ville".

Anselem II est le bienfaiteur de l'abbaye d'Anchin, abbaye bénédictine fontée en 1079 par deux illustres gentilshommes : les nobles chevaliers d'Ostrevant Wattier ou Wauthier de Pecquencourt et Montigny et Siger, sire de Courcelles près de DOuai. Ils étaient tous deux riches et puissants, réconciliés après de longs jours d'inimitié et devenus amis, voulurent créer un monastère aux lieux même où ils s'étaient donnés le baiser de la paix.

 

1079 : Anselme donna le village de Vred, les marias d'Anchin et le territoire voisin, ainsi que l'église d'Auberchicourt qu'il tenait en bénéfice de l'évêque d'Arras et de Cambrai nommé Gérard, second du nom.

 

1084 : il fonde l’abbaye de Saint-Nicolas en la ville de Ribemont, diocèse de Laon.


En 1090, à Bouchain, il fait construire, en ville basse, les douze écluses dans l’avancée de la porte Chaussée (anciennement porte Roland) pour faire tourner un moulin qui existait à cet endroit. Ces écluses servaient aussi à retenir les eaux de l’Escaut afin d’alimenter d’autres moulins qu’il avait établis en aval : celui à blé près de la porte du Petit Bois et celui à huile, ou tordoir, à la porte Chaussée.


En 1096, pour avoir toujours sous la main du poisson en cas de besoin, il fait faire deux beaux viviers, l’un en deçà de la porte Chaussée, dite de Cambrai, l’autre au-delà, tout contre ladite porte et à droite.

 

La donation de Bouchain aux religieux de l'abbaye de St-Amand fut par la suite une source de dissensions auxquelles se trouvèrent mêlés les seigneurs de Valenciennes. Une longue querelle s'engagea entre les seigneurs de Landas et de Bouchain et Bauduin, comte de Hainaut, au sujet des droits de juridiction ; ces dissensions ne s'apaisèrent qu'en 1097 par la guerre d'Orient et par un traité passé sous ce titre: Paix entre l'abbaye de St-Amand et Anselme de Ribemont, compte de Bouchain, châtelain de Valenciennes.

Voici en substance quel fut ce traité:

"Hugues 1er, abbé de St-Amand, se lamente des torts et injures qu'Anselme prodigue à la dite abbaye et à ses terres, et qu'il eut fait réparation sur l'autel du même saint et promis de ne plus recommencer, il oublia bientôt ses promesses. C'est pourquoi l'abbé se plaint au comte Robert de Flandres en présence du même Anselme lequel est condamné par sentence de la cour de justice du comte.

Mais il ne fut pas sorti du tribunal qu'il recommença. Et par malice, il fit faire de nouveaux moulins à Bouchain pour ruiner ceux de Beuviale et de Lourches, qui depuis toujours appartenait à l'abbaye de St-Amand ; de plus, il obligea des paysans à faire moudre leurs grains aux susdits moulins de Bouchain, retint aux moyens des écluses l'eau et les poissons qui allaient aux moulins de St-Amand et leur supprima le passage de Neuville.

Cependant Anselme était avoué, c'est à dire protecteur des terres que l'abbaye possédait dans le comté d'Ostrevant. C'était la coutume à l'époque, pour les abbayes, monastères... d'avoir leur avoué qui était toujours un seigneur de marque auquel le fondateur d'une de ces institutions donnait ou léguait plein pouvoir ; à l'origine c'était une charge qui consistait à prendre la défense des intérêts temporels des monastères et donnait le droit de justice. Les contrats concernant les donations et l'administration des biens des églises se faisaient sous leur intervention et leur autorité.

Ainsi, l’avoué contractait les baux et les engagements qu’il jugeait convenables ;il défendait devant les tribunaux, lorsque cela était nécessaire, la partie où les biens qui lui étaient confiés. Déjà, sous les carolingiens, des abbayes avaient eu des avoués pour lever, équiper, commander leurs gens de guerre (les abbés possesseurs de fiefs, ne pouvant porter les armes, confiaient la défense du fief à un chevalier appelé vidame, avoué ou avoyer. Les comtes et châtelains n’avaient eu garde de ne pas réclamer cette fonction pour l’honneur qu’ils se faisaient de la remplir, et Charlemagne lui-même prenait avec orgueil le titre d’avoué de Saint-Pierre ; mais, par suite des troubles survenus pendant ces époques lointaines, les monastères perdirent un peu de leur droits et, à la longue, l’avouerie fut censément considérée comme héréditaire, malgré la protestation des abbés. Parfois cependant un fondateur autorisait ses abbés ou ses moines à élire leur avoué, ce qui leur plaisait infiniment mieux pour cette raison que bon nombre de communautés avaient toujours à se plaindre de la conduite de leurs avoués à leur égard qui, pour la plupart, s’enrichissaient à leurs dépens, heureux encore quand l’institution échappait à la ruine.

Le sir Anselme avait cédé à l’un de ses officiers de sa maison, à son DAPIFER (maître d’hôtel), Régnier de Trith, l’avouerie de Neuville, de Lieu-Saint-Amand, de Dechy et de Férin. Ce Régnier, qui n’était pas déjà un personnage de  médiocre importance, ne vit dans cette fonction qu’un moyen d’augmenter sa puissance : il devint arrogant….Bientôt, il recommença à dévaster les possessions de l’abbaye et annonça de telles intentions que les villageois s’enfuirent au loin.

Comme le monastère n’avait pas d’autre moyen de se défendre, l’abbé excommunia Anselme. Et afin de lui inspirer une plus grande terreur, les religieux mirent à terre le corps de St-Amand, à la main duquel ils attachèrent l’excommunication. Ils réitérèrent cette cérémonie plusieurs jours, se prosternant devant le saint sacrement, se servant même des saints et du crucifix. Anselme fut averti de cette excommunication prononcée contre lui, laquelle serait retirée s’il venait implorer son pardon et si les abbés qui étaient en prières depuis plusieurs jours, jugeaient son repentir sincère. Les prévisions des abbés s’accomplirent à la lettre : Anselme devint craintif et leur fit savoir qu’il était prêt à leur donner entière satisfaction. Mais les religieux de St-Amand, craignant la ruse, lui annoncèrent qu’ils ne  relèveraient les saints s’il ne venait pas en personne faire amende honorable sur les reliques de St-Amand. Il y vint tout effaré, le plus tôt qu’il pût, se prosterna au pied devant le corps de St-Amand, et posant son offrande dans la main du christ, il demanda pardon et miséricorde en pleurant.

Les religieux, touchés de pitié, lui enjoignirent de déclarer publiquement le lendemain en présence de Haimery, abbé d’Anchin, de tous les religieux de St-Amand et de tous les vassaux qu’injustement il avait critiqué et préjudicié les villages et métairies de St-Amand et ferait en sorte que son fils ne fît pas de pareilles exactions. Ce qu’Anselme accomplit, il pria ceux de St-Amand de racheter à Régnier l’engagement qu’il avait contracté avec lui et tout ce qu’on avait fait pour le  passage aux viviers u moulins de Bouchain, car il craignait que ce Régnier n’endommageât encore les biens du monastère.  

Comme il devait partir pour Jérusalem, il permit de traiter avec sa femme et son fils s’obligeant à ratifier tout ce que Régnier  conclurait avec les religieux de St-Amand.

L’abbaye, sur le conseil d’hommes sages, s’empressa de négocier le rachat de l'avouerie.

Lorsque tout fut arrêté et convenu, l’abbé assembla à Bouchain, c’était le dimanche qui précédait ou suivait la fête de la St-Martin (novembre 1097) Berthe, comtesse d’Ostrevant et épouse d’Anselme, Godefroy, son fils aîné, et Régnier…ceux-ci mirent alors dans les mains de l’abbé Hugues l’engagement de céder l’avouerie des quatre villages nommés ci-dessus avec tout ce qu’Anselme y possédait, et de plus, la moitié du produit des moulins de Bouchain, du vivier et des passages, ainsi que les droits de justice attachés à ces trois choses. L’abbaye fut autorisée à conserver tout cela pour trois années au moins, à dater de la noël , jusqu’à ce que Anselme et ses ayants-droits eussent remboursés les 120 mares d’argent, prix du marché : Berthe et Godefroy jurèrent, sur le corps de St-Amand et d’autres reliques que l’on avait amenés, processionnellement à Bouchain, de se montrer fidèles observateurs du traité.

L’abbé exigea que 80 vassaux, serviteurs ou amis du châtelain, désignés sous leur qualification commune de Fleiges (garants), s’engageassent à rembourser les 120 mares au cas où Anselme et ses loirs ne voudraient ou pourraient l’acquitter.

Parmi ces 80 fleiges se trouvent Liebrand, le valet d’Hélesmes, Liethon d’Aniche, Gauthier d’Auberchicourt, Ernuffe de Wasnes, Robert de Saulx, Roger de Marquette caution pour 2 mares.

Et parmi les témoins de cette convention, nous relevons Hugues de Rumegies, Ninemar neveu de l’abbé Hermulfe, .

Voilà donc l’engagement racheté moyennant 120 mares d’argent, dans l’espoir qu’Anselme teindrait compte des religieux, à son retour, comme il l’avait promis, de tous les dommages et intérêt qu’il leur avait causés, et dans le cas où il ne reviendrait pas, leurs précautions pour se faire rembourser étaient bien prises.

 

 

 

1096 : la pénitence d'Anselme

 Voici ce qu’on lit dans l’histoire de la ville de Laon :

 « La fin du 11ème siècle est l’époque où commencèrent les croisades. La noblesse du laonnais ne fut pas la moins empressée à s’engager dans ces expéditions lointaines, que la plupart des écrivains qualifient d’insensées, non sans beaucoup de raison, et dont il faut avouer pourtant que l’Europe a retiré des avantages inappréciables (parmi les avantages que l’Europe a retiré des croisades, il en est un qui n’est pas assez remarqué. C’est l’institution, dans l’ordre politique , d’une république chrétienne qui n’existait encore que dans l’ordre religieux ; institution qui, liguant tous les peuples de l’Europe contre un ennemi commun, a établi une confraternité entre les Princes, a donné naissance aux relations diplomatiques, et a rendu les guerres moins furieuses et les paix plus faciles.. Cette idée n’est pas neuve : elle était saisie dans le temps même des croisades. C’est ce que prouve un fait curieux puisé dans les annales de Rinaldi. En 1228, les Chevaliers du Temple et de l’hôpital, d’après les ordres du pape Grégoire XI, refusaient d’obéir, dans la Palestine, à l’Empereur Frédéric II parce qu’il était chargé d’excommunication.

Frédéric, pour lever toute difficulté, consentit que l’expédition se fit, non pas en son nom, mais au nom de Dieu et d la république chrétienne. »

Parmi les gentilshommes qui prirent la croix les premiers, il en est deux dont le nom doit trouver place ici.

Anselme, comte de Ribemont, issu de la maison royale de Vermandois, était un seigneur pieux et libéral, que plusieurs abbayes comptaient parmi leurs bienfaiteurs, ou même reconnaissent pour leur fondateur. Cependant, les religieux de Saint-Vincent lui reprochaient de retenir des domaines anciennement usurpés sur eux ; et il ne voulut point partir pour une guerre sainte, sans expier le crime de ses ancêtres. Il vint à Laon restituer lui-même aux moines les biens qu’ils réclamaient.

Il fit plus : il voulut être flagellé (1) par eux en plein chapitre. Trait curieux et d’autant plus propre à faire connaître les mœurs de ce temps là, qu’Anselme était peut-être le seigneur le plus instruit

qu’il y eût alors en France. Il y avait quelque littérature dans un siècle où l’ignorance était l’apanage de la chevalerie. Comme Villehardouin et Joinville, avec qui il n’a pas cette seule ressemblance, il a écrit les évènements de la croisade, où il jouait un rôle distingué ; et sa narration est d’une simplicité qui n’est point dépourvue de noblesse et d’agrément. Si, comme on peut le croire, les moines, à qui profita sa pitié naïve, lui promirent un heureux retour, cette prédiction ne fut point ratifiée par les décrets de la providence. Après mille preuves d’une valeur héroïque, il trouva la mort en Asie sous les murs d’une bicoque

Toutes les chroniques du temps vantent le savoir, la piété, la bravoure et même sa bonté, mais il n’échappait pas aux mœurs de l’époque : violence et dévotion, iniquité et grandeur d’âme, rapine et générosité. Ces temps singuliers, si pittoresques à distance, réunissaient tous les contrastes.

Il eut pour compagnon d’armes un laonnais , dont la maison ne voyait au-dessus d’elle que les grandes familles titrées ; c’est Gérard de Quierzy. Plus malheureux qu’Anselme de Ribemont, qui du moins périt au champ d’honneur, Gérard ne revit sa patrie que pour y être victime d’un horrible attentat.

 

1 : Le fait de la correction subie par Anselme est rapporté dans une charte de l’évêque Barthélémy  du 23 mai 1133, dont nous avons une copie sous les yeux. Ce qu’elle en dit est simple et court ; voici ses termes : « Enfin la grâce agissant sur le cœur d’Anselme, il voulut, pour expier sa faute, être flagellé dans le chapitre de St-Vincent. Le comte Anselme de Ribemont, fondateur de l’abbaye de St-Nicolas-des-Près, étant sur le point de partir pour la terre sainte, et se sentant pressé de remords de sa conscience, pour les torts qu’il avait fait à notre Monastère, donna un bel exemple de pénitence. Il se présenta aux religieux assemblés en chapitre. Là, prosterné contre terre, la tête découverte et les épaules nues, il voulut que chacun des moines présents vint tour à tour le fustiger »

 

INFLUENCE D'ANSELME

Anselme de Bouchain, dont les chroniques du temps vantent le savoir, la piété et la bravoure se croise avec Godefroy de Bouillon, Guy de Fresnes, pair du château de Valenciennes, avec les frères de celui-ci, avec Robert le Frison comte de Flandres et plusieurs autres nobles chevaliers du Hainaut pour aller en Asie défendre le Saint Sépulcre, autrement dit le tombeau du christ, profané par les infidèles, sectateur de Mahomet. A cet effet, il convoque à l’abbaye d’Anchin, dont il était le bienfaiteur en eu ayant concédé le terrain, nous l’avons dit, les chevaliers wallon  qui vinrent en grand nombre s’enrôler dans ce que le procès-verbal du fameux tournoi donné à cet occasion appelle la milice de la croix.

Par ce grand tournoi, il faut entendre ici, une de ces fêtes militaires, où les chevaliers du moyen-âge s’exerçaient au métier 

 

LE TOURNOI D'ANCHIN

Le récit des mauvais traitements infligés aux pèlerins qui se rendaient à Jérusalem retentit douloureusement aux oreilles des guerriers chrétiens. Quand tout à coup, à la voix de Pierre l’Ermite « l’occident se réveilla et sembla s’arracher de ses fondements pour se précipiter sur l’Asie ».

Le projet d’une grande expédition en Orient avait remué toutes les classes de la société. Les sires de Hainaut et d’Ostrevant formaient leurs bandes et préparaient leurs armures. L’argent manquait : les uns vendaient leurs domaines ou partageaient leurs terres en fiefs que des bourgeois enrichis par leur négoce, de simples paysans ayant ramassés quelque pécule se disputaient avidement Partout on s’assemblait pour se compter, s’animer, s’entraîner.  On donnait des tournois où les chevaliers et écuyers s’essayaient dans les nobles exercices de la lance et de la masse, se levaient par de solennels serments, et se communiquaient, pour se reconnaître au jour de grande lutte, et leurs blasons et leurs cris de guerre.

Anselme de Bouchain fut dans la contrée l’un des plus ardents champions de la cause sainte…A cet effet, il donna un tournoi remarquable à Anchin.

Ce faisant, il avait un double but : non seulement il voulait prendre les armes aux chevaliers wallons pour conquérir le tombeau du christ, mais il voulut attirer l’attention des seigneurs et prélats sur le nouveau monastère fondé depuis seize ans à peine et déjà célèbre.

C’était un puissant ressort pour les chevaliers que de leur offrir une assemblée où ils pourraient s’exercer à un simulacre de guerre devant une galerie élégante et choisie, qui ne leur ménagerait ni les applaudissements ni les triomphes. L’idée réussit à merveille.

La cérémonie eut lieu par une belle matinée ; cette cérémonie est décrite dans le livre de Mme Bourbon (Charles le Bon) :

Le pays de Flandre renaissait après un long et rigoureux hiver ; les prairies que la Lys et la Scarpe avaient inondées, se montraient fraîches et parées de leur riante verdure que constellaient l’or des bassinets et des pétales d’argent des pâquerettes ; les blés verts couvraient la terre comme une robe, et le jeune feuillage, à la teinte pourprée, se déroulait le long des haies et sur la cime des arbres. La route qui conduisait de la ville de Douai à l’abbaye d’Anchin était couverte d’une foule immense, en habits de fête, de tout rang, de toute condition, qui se dirigeaient vers le monastère, dont les quatre tours aux arceaux romans, se dessinaient à l’horizon et laissaient arriver de loin, à l’oreille des pèlerins, la voix de leurs  cloches harmonieuses. Cette foule formait un brillant  spectacle : ici venait le baron entouré d’une suite nombreuse, précédé par les pages et les écuyers qui portaient ses armes et sa bannière ; des dames nobles, montées sur des haquenées, accompagnaient leurs frères et leur époux ; des religieux, des prêtres cheminaient les uns à pied, les autres montés sur des mules ; les bourgeois, les gens de métiers honorablement vêtus de couleurs unies, se mêlaient à la foule bigarrée  des barons et des chevaliers. Les serfs, les villageois avaient quitté les travaux de la campagne, et, traînant leurs petits enfants par la main, ils suivaient aussi le chemin de l’abbaye ; et par tous les sentiers, par toutes les routes, l’on voyait à chaque instant arriver de nouveaux voyageurs. Anselme était accompagné à cette brillante et mémorable solennité, de Godefroy de Ribemont, son fils ; d’Amaury de Landas, son neveu et maître d’hôtel ; de Lietbrand d’Hélesmes ; de Liethon d’Aniche ; de Humold ; de Guillaume d’Haussy ; de Gui ou Guido de Somain ; d’Hélène de Sin ; d’Hubert, maïeur d Escaudain ; de Godefroy de Duley de Douchy et de nombreux autres seigneurs de Denain, Famars, d’Onnaing, de Marquette…du Hainaut et de l’Ostrevant. Le Cambrésis avait fourni bons nombre de preux, ainsi que l’Artois.

Le tournoi d’Anchin était présidé par Bauduin II, comte de Hainaut, fils de Richilde et Anselme de Ribemont, seigneur d’Ostrevant. Il fut encore honoré par la présence d’évêques et d’abbés. Il faut dire qu’à cette époque l’église ne défendait pas les tournois et les joutes.

A dix minutes du monastère se déployait une vaste prairie couverte du plus beau gazon, bornée par de grands chênes dont quelques un  avaient atteint une grosseur prodigieuse, et qui semblait disposée à dessein pour le jeu martial qui allait s’ouvrir. De fortes palissades entouraient la lice (terrain clos de barrières où se livrent les combats  dans les tournois de joutes et duels) ; aux extrémités nord et sud, on avait laissé pour donner passage aux combattants deux ouvertures fermées par de larges portes. A chacune de ces portes se tenaient deux héros, escortés de six trompettes et d’un grand nombre de poursuivants d’armes : là, se plaçaient aussi les maréchaux (officiers chargés de régler et diriger le combat, de s’assurer que tout se passe bien selon les règles, et de faire régner l’ordre parmi les assistants) du tournoi qui devaient en régler les conditions, décider les querelles et s’assurer de la qualité des chevaliers qui demandaient à prendre part aux combats. Autour de l’enceinte on avait disposé des galeries destinées aux spectateurs : une d’elles mieux décorée que les autres, devait recevoir le comte de Flandre, Robert et Clémence de Bourgogne, son épouse.

Déjà les chevaliers se pressaient aux abords de la lice : les maréchaux du camp, Anselme de Ribemont et Bauduin de Bailleul, avaient pris leurs places aux barrières ; complètement armés, immobiles sur leurs chevaux bardés de fer, ils ressemblaient à deux statuts de bronze. Les dames, richement parées, se pressaient aux galeries et se disputaient les premières places.

Bientôt les chevaliers des plus nobles maisons entraient en lice, et attiraient les regards du peuple par l’éclat de leurs armures, la beauté des chevaux, la variété des bannières et des devises qui flottaient au vent. Ils étaient divisés en deux camp, commandés, l’un par un jeune homme, neveu du comte de Flandre, et que l’on nommait Charles de Danemary et l’autre, par un vieux chevalier appelé Eustache de Therouanne. On devinait la grâce martiale du jeune prince sous la double armure dont il était vêtu, et sa courtoisie, par les égards et le respect qu’il témoignait à son vénérable adversaire ;et bientôt tout le peuple applaudit à son adresse et à sa bravoure.

Le parti qu’il commandait eut tous les honneurs de la journée. 

Cette fête guerrière obtint un plein succès et eut un résultat immense : les festins furent joyeux, les luttes brillantes.

 

Quand des exercices chevaleresques furent terminés, les cloches de l’abbaye d’Anchin recommencèrent à sonner, et les portes du monastère s’ouvrirent pour laisser passage à un cortège imposant et nombreux. Les religieux, vêtus de leurs robes de couleur noire, marchaient sur deux rangs, et précédaient le révérend abbé, qui, pour cette occasion solennelle, avait revêtu les habits sacerdotaux et tenait à la main la crosse abbatiale. A côté de lui venait un homme de petite mine, pauvrement vêtu d’un sac lié par une corde. Cet homme marchait pieds nus, et il portait un bourdon de pèlerin surmonté d’une croix. Cette procession arriva dans la lice, en chantant l’hymne de Fortunat, le Vexilla Regis. Tous se levèrent à l’approche de l’abbé, et un des maréchaux du tournoi, Anselme de Ribemont, protecteur de l’abbaye, le conduisit au fond de la lice ou un siège avait été préparé. Alors un chevalier qui avait été distingué parmi les faisant du tournoi. Bauduin Kalderuns descendit de cheval, leva sa visière, s’avança vers l’abbé Haymerie disant : Seigneur comte, et vous tous gentilshommes, chevaliers, écuyers, serviteurs et peuples, prêtez-moi, je vous prie, une oreille attentive :

« Moi, Bauduin, en votre présence, j’offre ce monastère, en l’honneur de Dieu et notre sauveur, tout ce que je possède dans le village appelé Inchy, les champs, les pâturages, et les autres biens.. »

L’abbé Haymerie remercia avec begnignité, et s’adressant au comte Robert en désignant le pèlerin ou religieux qui était à ses côtés, il lui dit : «  souffrez, noble seigneur, que le prêtre Pierre vous expose la mission dont il est chargé. »

Le comte fit un signe d’acquiescement ; le prêtre Pierre, du haut d’une galerie, se disposa à parler à l’assemblée ; il promena sur elle ses regards longs et pénétrants, éleva la voix et dit :

«  C est par l’ordre exprès du souverain Pontife urbain II, que je suis venu vers vous pour faire retentir à vos oreilles les cris de détresse de vos frères, les chrétiens d’Orient. Je reviens d Jérusalem, j’ai visité la terre sainte…partout j’ai vu des chrétiens, nos frères par le baptême, traités comme des esclaves par les mécréants ; je les ai vus à toute heure frappés, outragés, j’ai vu des patriarches et les prêtres insultés, couverts de sang… Souffrirez-vous plus longtemps que le tombeau de notre dieu soit au pouvoir des infidèles ? Souffrirez-vous que vos frères dans la foi meurent, et ne frapperez-vous pas un coup d’épée pour les délivrer ?...

Il parla ainsi longtemps, s’animant de plus en plus, répandant sur le peuple attentif les flots de son éloquence. Il racontait les malheurs de Jérusalem, il s’enflammait au souvenir de sa grande éclipsée ; il racontait ses accablantes couleurs ; il peignait les ignominies et les tortures qu’on faisait endurer à ceux qui voulaient rester fidèles à Dieu, et lorsqu’enfin il demanda :

« Voulez-vous prendre la croix comme les hommes de France l’ont prise ? »

Il n’y eut qu’un cri : DIEX EL VOLT ! DIES EL VOLT !

Dieu le veut, dieu le veut ; reste qui voudra en arrière ; pour moi je n’y reste pas ! la croix, sire abbé, donnez-nous la croix.

Robert II d Flandre, fils du Frison, le premier, s’avança vers l’abbé Haymerie, et lui demanda le signe du saint pèlerinage. On prit un manteau de drap vert (les croisés flamands portaient la croix verte), on y coupa un grand nombre de croix, et le comte attacha aussitôt la sienne sur son épaule gauche.

 

LES CROISADES

Quand Bauduin et Anselme s’engagèrent aussi à prendre la croix et à aller en Asie, dans le cours de l’an, combattre les infidèles, toutes les personnes présentes : barons, chevaliers, gentilshommes, écuyers et suivants au nombre de 300 le s imitèrent, et parmi eux, en première ligne, Philippe Vicomte d’Ypres, frère de Robert II, et son neveu vainqueur du tournoi, prince Charles de Danemary élevé à sa cour. Les mains de l’abbé ne suffisaient pas à distribuer le symbole de la guerre sainte, Pierre l’Ermite encourageait par ses paroles tous ceux qui s’enrôlaient dans la milice de le croix, et ce fut enflammés par ses paroles, que les combattants du tournoi d’Anchin allaient se préparer pour courir à des combats plus sérieux que celui de ce jour et autrement redoutables. Puis vainqueurs et vaincus des joutes et carrousels firent des dons à l’abbaye naissante ; plusieurs, dans l’espoir de rendre leur entreprise heureuse, dotèrent richement le couvent dans l’enclos duquel ils venaient de s’ébattre et de festoyer.

Après que les vainqueurs eurent recueillis leur LOZ et leurs prix des mains de a comtesse Clémence, le comte d’Ostrevant qui exerce ce jour-là l’office de maître de cérémonies, fit rédiger parle moine Pumoid, de l’abbaye, une espèce de procès-verbal de la séance, qui est devenu depuis lors, une pièce curieuse pour l’histoire et particulièrement pour les familles qui, après huit siècles, retrouvent aujourd’hui les noms de leur ancêtre figurant dans cette cérémonie chevaleresque et religieuse du moyen

 

 

1096 : départ de la grande armée des croisés. Anselme fait route aussi vers l’Orient.

Le départ se fit en deux fois.

Bauduin II, tenant sa promesse, partit avec la première exposition le 15 août de la même année pour la croisade, à la tête d’une brillante troupe, en se mettant sous les ordres de Godefroy de Bouillon, le chef brave et sévère de cette guerre sainte. L’enthousiasme était à son comble

Enfin, Anselme fait route vers l’orient ; plusieurs mois s’écoulèrent avant que l’innombrable armée des croisés ne fut passée en Asie.

L’ARRIVÉE EN ASIE : le froid, la faim, les épidémies avaient déjà fait dans les rangs des ravages irréparables : le désordre était profond. Manquant de vivres, exposés sans cesse aux attaques des Turcomans, ils arrivaient enfin épuisés devant la ville d'Antioche.

 

En 1097 : Pendant cette absence d’Anselme, Lambert, évêque d’Arras, la 4ème année de son épiscopat, l’an de grâce 1097, le 21 octobre , accorda à Hugues I un privilège et lui concéda, à certaines conditions, les églises ou autels d’Escaudain, de Lourches, de Roeulx, de Boucheneuil, de Dechy.

 

1098 : siège et prise d’Antioche par les croisés.

On prit position autour des murs de cette ville, les derniers venus se plaçant comme ils pouvaient. Bauduin de Hainaut et le comte D’Ostrevant ne trouvèrent plus de place convenable pour établir leurs chevaliers. Ils allèrent bravement dresser leurs tentes entre les murailles de la ville assiégée et le camp des 3000 grecs comme auxiliaires, mais sur les dispositions desquels on était loin d’être apaisé. C’était un acte d’audace ; il obtint l’admiration de l’armée.

Le siège dura 9 mois ; la ville fut prise enfin : il était temps ; trois jours après qu’ils étaient maîtres, les croisés furent assiégés à leur tour par les turcs ; les vivres leur manquant, ils furent réduits à manger jusqu’aux cadavres de leurs ennemis. On vit le comte de Flandre demander du pain dans la rue.

Anselme fit des promesses et finalement ce fut une victoire qui délivra l’armée chrétienne le 28 juin 1098.

Contrairement aux mœurs de son siècle, son haut rang ne l’empêcha pas d’étudier les lettres. Suivant l’abbé Guibert, il adressa, en 1098, sous forme d’épître, à l’évêque Manassès, devenu depuis archevêque de Reims, deux relations des évènements de la première croisade, l’une, racontant la prise de Nicée où il distingua aussi, est malheureusement perdue.

 

 

LA MORT D'ANSELME

Trois historiens de la première croisade, Albert d’Aix, Guibert de Nogent et Raoul de Caen, parlent avec les plus magnifiques éloges d’Anselme de Bouchain, célèbre, disent-ils, par sa noblesse, sa bravoure, sa vertu et ses talents guerriers. Ces trois historiens  de même que tous les auteurs contemporains d’ailleurs, racontant la fin d’Anselme avec des circonstances merveilleuses que l’historien ne saurait négliger parce qu’elles peuvent donner une idée de l’esprit qui régnait parmi les soldats de la croix.

Les ennemis ayant fait une sortie, Anselme qui pointait l’artillerie contre la ville d’Archas en Syrie courus au devant eux, l’épée à la main, et fut atteint au front d’une pierre qui lui écrabouilla la tête. Sa cervelle jaillit de tous côtés (17 avril 1099 ou 1100).

Anselme mourut au siège d’Archas en Syrie (Saint-Jean-d’Acre).

 … « Enuiron le mois d’Apuril de l’an 1099, nostre valeureux Anselme fut touché d’vn coup de pierre qui luy escarboiülla la teste, & luy fit voler la ceruelle, lors qu’il poinctoit l’Altillerie contre la ville d’Archas, place imprenable & située sur la pointe d’vn Rocher. »

 

Les croisés donnèrent des larmes à cette mort .O le malheur ! dit un auteur du temps ; toute l’armée témoigna un deuil incroyable de cette mort, car Anselme était un vaillant chevalier, intelligent, grand homme de bien que l’on jugeait non seulement utile, mais même tout à fait nécessaire à la campagne entreprise.

 

Anselme était peut-être le seigneur le plus instruit qu’il y eut alors en France ; il avait quelques aptitudes littéraires dans un siècle où l’ignorance était l’apanage de la chevalerie. Il a décrit les événements de la croisade, où il joua un rôle distingué et sa narration est d’une simplicité qui n’est point dépourvue de noblesse et d’agrément.
L’Abbé Guilbert dit, dans ses écrits, qu’Anselme, pendant son voyage en terre sainte, rassemblait chaque année, le jour de St Quentin, tous les prêtres et clercs de l’armée, afin de célébrer solennellement avec eux, la fête du bienheureux patron de Bouchain.
Anselme de Bouchain était célèbre par sa noblesse, sa bravoure et ses talents guerriers.
Outre ses qualités chevaleresques, il fut un acteur important du développement de notre cité au XIe siècle.

LES ARMOIRIES

Les armes d’Anselme sont d’or échiqueté d’azur.

« De gueules, fretté d’or, au canton d’or, chargé d’un léopard de sable » sont celles de la famille de Ribemont qui figurent dans les galeries de Versailles.                         

POLÉMIQUES HISTORIQUES AUTOUR DU TOURNOI D'ANCHIN

Cet acte du tournoi d’Anchin cité pour la 1ère fois par Jean-Baptiste Carpentier est soumis à controverse.

J-B. Carpentier en 1664 dans son livre Histoire généalogiques des païs-Bas où Histoire de Cambray évoque le tournoi d’Anchin.

Enée Aimé Escalier en 1852 relève dans son livre l’abbaye d’Anchin, 1079-1792 qu’aucun chroniqueur ou historien antérieur à JB Carpentier ne parle, ni de l’acte de tournoi : nulle part il n’y en a trace, souvenir ni mention, ni directement ou indirectement.

Le tournoi d’Anchin aurait eu lieu comme le révèle les archives municipales de Valenciennes (section patrimoine), dans le village d Pecquencourt qui a l’époque appartenait à Anselme II de Ribemont et fut restitué à l’abbaye d’Anchin en 1186 par Gossuin de Ribemont sur ordre du comte Bauduin de Flandre Hainaut. Le tournoi d’Anchin, plus précisément de Pecquencourt figure dans de multiples narrations sur les joutes et sport du moyen-âge.

Mais des auteurs ont prouvé que ce tournoi n’a jamais existé et furent rejoints par certains qui avaient pourtant écrit sur l’existence du pseudo-évènement :

• Aux alentours de la chandeleur 1096, pour l’inauguration du monastère d’Anchin, Anselme II aurait organisé un gigantesque tournoi avec plus de 300 chevaliers venus du Hainaut, de Valenciennes, Cambrai, Tournai mais aussi Ponthieu, de l’Artois et du boulonnais. Selon JB Carpentier, une charte curieusement « jamais retrouvée » donnait le nom des participants, tous de nobles chevaliers qui ont pris l’engagement de se croiser.

Gilles de Caullery aurait participé autournoi,mais dans « l’histoire de caullery » de Cyrille Thelliez, on peut lire : « En 1184, un Gille de CAullery est cité comme témoin en tat que vassal lorsque Hugues d’Oisy fait donation à l’abbaye de Saint-Aubert de terres qu’il possède à Masnières….ce qui nous amène loin du tournoi (quelques 90 ans après)

Amaury de Landas mais en 936.

Gilles de Wambaix mais en 1296

• On sait que l’histoire de ce tournoi de 1096 est un faux très habile du 17è siècle où Arthur Dinaux s’est laissé prendre en reproduisant « la fausse histoire du tournoi » et la commente en 1842. Il y ajoute celle, tout aussi fausse de l’ordre de la licorne », fondé à Valenciennes en 1096. Cet ordre, s’il avait existé, aurait été le précurseur de trois siècles de tous les ordres connus…

 

SOURCES

 Extraits tirés du livre du Père Petit  Histoire de Bouchain. 1659

                                           de Et. A. Leignel  Histoire de la Ville de Bouchain. 1925

                                           du Baron de Reiffenberg  Histoire du Comté de Hainaut.

             Voir également les articles sur « Anselme de Ribemont, seigneur de Valenciennes et de Bouchain » par   

 

              M.Boudard et A.Crasquin, parus dans Flandres-Hainaut N° 73 et 74  revues de l’A.G.F.H. Valenciennes.

UN PEU DE GENEALOGIE

LE GEANT ANSELME

Dans la tradition des géants du Nord, il fut décidé par la municipalité de fabriquer le Géant de Bouchain : en 2004, petit à petit, le géant prit vie, et le 28 janvier 2005 il fut baptisé en présence de la population.

 

Voici quelques étapes de sa fabrication : 

Dès que la commande fut  passée, Monsieur Emmanuel MICHIEL travailla activement à la création d’Anselme II de Ribemont, seigneur de Bouchain et Comte d’Ostrevant de 1068 à avril 1099, qui deviendrait le 1er géant de Bouchain.

 

Après avoir sculpté la tête en terre, puis le moule en plâtre et enfin, créé la tête en carton pâte, l’artiste la peignit.

Il  s’attela ensuite à la « carcasse ».

Ce sont ces deux éléments qui furent  présentés le vendredi 7 mai 2004 à Monsieur le Maire Michel CARON, à  Monsieur Waxin, adjoint à la Culture.

A compter de ce moment, ce fut au tour de la couturière de se mettre au travail pour donner à notre « géant » les vêtements dignes d’un SEIGNEUR DE BOUCHAIN.

 

En participant au spectacle des géants le 24 octobre à Montigny en Ostrevent, dans le cadre des automnales 2004, ANSELME II, Seigneur de Bouchain, pour sa première sortie, a suscité l’admiration de ses trente neuf autres partenaires. Ce jour là, malgré une pluie sournoise, ce fut un merveilleux voyage en Ostrevant, au pays des géants, où animations, concours, parade, festin et mise en scène furent dignes des plus belles et traditionnelles fêtes du Nord.

Au forum des Géants de Cambrai, 2016 - Nicolette Carpentier, adjointe au Patrimoine, et Annie Bertout présidente de Bouchain Patrimoine
Au forum des Géants de Cambrai, 2016 - Nicolette Carpentier, adjointe au Patrimoine, et Annie Bertout présidente de Bouchain Patrimoine

Le baptême républicain d'Anselme

Loi du 20 Prairial, An II

         La cérémonie à laquelle nous allons procéder en vertu d’une idée issue de la Révolution Française, décrétée en 1793, a pour but de placer l’enfant présenté par ses parents, sous la protection de la République Française et de l’élever dans le respect du civisme et du patriotisme. Le rapport du Conseil des Cinq Cents du 16 Brumaire An VI précise, en outre, que le parrainage a pour but d’établir entre les deux témoins et l’enfant, des rapports intimes, une affinité des devoirs.

         En cas de perte des Père et Mère naturels, les deux témoins s’engagent à les remplacer à bien des égards. C’est de leur part une espèce d’adoption morale qui les oblige à veiller au bonheur de l’être dont ils ont accepté l’éducation dans le respect des droits et des devoirs du citoyen.

         Les élus de la ville de Bouchain ont unanimement décidé de placer notre enfant Anselme II, Seigneur de Bouchain et Comte d’Ostrevant de 1068 à 1099, sous la protection de l’autorité légale et républicaine émanant de la libre volonté des suffrages et de l’élever dans le culte de la vérité et de la raison.

         Parrain et Marraine acceptez-vous la charge que veulent vous confier les élus de la ville de Bouchain ?

         Prenez-vous l’engagement solennel d’éduquer et d’élever Anselme II dans le respect des institutions démocratiques, hors de tout préjugé social ou philosophique, dans le culte de la raison, de l’honneur, de la fraternité, de l’amour du travail et de la solidarité.

         La Madelon, représentée par RENART Brigitte, consentez vous à être Marraine de Anselme II (je le jure).

         Voleur de pen’ter, représenté par MICHIELS Manu, consentez-vous à être Parrain de Anselme II (je le jure).

         Je prends acte de vos engagements.

         Au nom des Institutions républicaines et laïques Anselme II, Seigneur de Bouchain et Comte d’Ostrevant, je te baptise.

                                                                                                                               Le Maire. Michel CARON